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Nous n'avons jamais apprécié charlie hebdo et avons toujours dénoncé ses dessins racistes, sexistes, lesbophobes et homophobes. Nous refusons d'arrêter de critiquer ce journal malgré les événements, que nous ne cautionnons évidemment pas. Nous souhaitons faire quelques mises au point sur le contexte actuel.

 

Charlie hebdo : « l'humour » sexiste, lesbophobe et raciste, l'apanage des dominants.

 

Beaucoup de dessins de charlie hebdo (journal tenu par des mecs blancs-cis-hétéro, ayant une certaine légitimité) sont sexistes, lesbophobes, homophobes et racistes et vont jusqu'à justifier la colonisation. Peu importe le degré d'humour (ou de cynisme) ou le sens prétendu qu'il y aurait, ce qui ressort ne peut que renforcer les clichés et l'oppression. L'humour est social et donc déterminé par les rapports sociaux : si elle ne remet pas en cause ces rapports inégalitaires, elle perpétue l'oppression.

On nous dit que charlie hebdo « tape sur tout le monde » mais il est urgent de replacer ceci dans un contexte social patriarcal, hétéronormé et raciste1. Ce journal ne se moque jamais des hommes, des blancs ou des hétéros en en faisant des communautés homogènes, contrairement à ce qui est fait pour les opprimé-e-s : les femmes, les lesbiennes, les musulmann-e-s ou les juifs par exemple. Quand toi, homme blanc, socialement stable, tu lis charlie hebdo, de qui rigoles-tu, toi qui prône l'autodérision ? Si tu étais musulman fRançais ou "d'apparence musulmane" comme dit sarko, rirais-tu longtemps de te voir représenté puant, idiot, poseur de bombe, assimilé sans cesse à la violence ? Peut-on cautionner la banalisation de la violence contre les femmes, racisées (structure raciale dominant-blanc/dominé-non-blanc), voilées, et /ou lesbiennes ?

 

« La liberté d'expression », « le terrorisme », « la barbarie » : mouvement de propagande colonial et nationaliste.

 

La liberté d'expression dans un Etat capitaliste, patriarcal, hétéronormé et colonial n'est que la liberté d'expression des hommes blancs, bourgeois et hétérosexuels. Il n'y a qu'à voir les plateaux télé dominés par les hommes blancs petits ou grands bourgeois « débattant » de sujets qui ne les touchent pas directement (racisme, sexisme, pauvreté, chômage, précarité, homophobie, prostitution, etc) en bâillonnant toute opposition (Exhibit B, traité européen, « je ne suis pas Charlie », etc).

Récemment les atteintes à la liberté d'expression sont nombreuses. Entre l'interdiction de la manifestation anticoloniale le 1er mars 2014, l'interdiction des manifs pro-palestiniennes dans plusieurs villes de fRance cet été, la persécution judiciaire de syndicalistes et l'interdiction des manifs contre la violence policière en hommage à Rémi Fraisse, la liste est longue.

Le terrorisme, ce mot géré par les Etats occidentaux afin de lutter contre « les méchants arabaomusulmans », sert aussi de faux prétexte pour réaliser les objectifs impérialistes des Etats capitalistes. Cette prétention à lutter contre la « barbarie », terme issu du colonialisme (on civilise les « sauvages « , ces « Autres » ), au regard de l'Histoire européenne est une vaste blague. Le développement du capitalisme européen s'est fait entre autre sur les cadavres de l'esclavage de masse, les massacres coloniaux et la reproduction forcée des femmes - par l'expropriation de leurs moyens de contraception-.

Désormais, l'Etat colonial capitaliste se sert de sa main mise économique, politique,culturelle et sociale (en Centrafrique, Mali, Burkina Faso, Afghanistan, Irak, Syrie etc....) et de ses guerres impérialistes, toujours plus meurtrières, pour arriver à cette prétendue lutte contre le terrorisme. Ces mêmes terroristes, ou « combattants de la Liberté », ont été recrutés, formés et financés par les occidentaux pour lutter contre l'URSS en Afghanistan dans les années 1980. C'est donc bien l'Etat colonial qui est directement responsable de toute cette mascarade.

Ce mot « terrorisme » est bien à déconstruire puisque l'Etat colonial capitaliste l'exerce quotidiennement que ce soit dans ses colonies ou dans ses frontières ou par ses lois anti-sociales : expulsion des sans-papier-e-s, répression des putes, stigmatisation des trans, bies, pédés, gouines, répression des femmes voilées, musulman-ne-s, roms etc...

 

Les marches blanches « je suis charlie », « unité nationale ».

 

Sur les décombres du racisme postcolonial, le gouvernement et les partis politiques institutionnels ont souhaité l'unité nationale « vive la fRance, vive la patrie ». La propagande et les marches blanches (du 11 janvier 2015) « aux armes citoyens », « je suis charlie » - dans lesquelles le nationalisme et l'islamophobie les plus crades ont pu s'exprimer - est la caution attendue par le gouvernement pour affirmer sa politique sécuritaire2 mais aussi pour justifier l'état de guerre permanente contre le terrorisme. Et les premier-e-s concernées et victimes de cette mascarade sont bel et bien les musulmans-ne-s (60 actes islamophobes depuis l'acte meurtrier à l'encontre de charlie hebdo) .

Mais c'est aussi la gauche, réformiste et révolutionnaire, par son soutien historique au colonialisme, par son mépris puis sa récupération des luttes décoloniales (comme la marche pour l'égalité et contre le racisme), par ses difficultés ou ses refus d'intégrer l'analyse structurelle antiraciste et anticolonialiste, qui exclue, stigmatise, réprime les « indigènes » (migrants, descendants de migrants) en les isolant et permettant ainsi à l'individualisme et au fondamentalisme religieux de trouver sa place dans cet espace laissé vide par la gauche et la suprématie blanche. La lignée structurelle anticolonialiste décoloniale et féministe devrait être la base de tout mouvement dit « de gauche » et devrait prendre pour référence des auteurEs militantEs comme Frantz Fanon, Aimé Césaire, Angela Davis, Aminata Traoré, Patricia Hill Collins, Audre Lorde, Ochy Curiel, Gloria Anzaldùa...

Nous nous opposons donc à ces marches qui résonnent comme des appels « aux armes » contre ceux et celles qui ne correspondraient pas à l'image de l'homme blanc hétéro-catho-bourgeois.

Nous condamnons les injonctions faites aux musulman-ne-s de se désolidariser des meurtres qui ont frappé le personnel de charlie hebdo.

Nous condamnons fermement l'islamophobie, ce nouveau prétexte au racisme postcolonial, qui s'abat aujourd'hui partout en france ( plus de 60 actes islamophobes depuis l'acte).

Contre le racisme et le fascisme, le capitalisme et le colonialisme, le patriarcat et la norme hétérosexuelle, Riposte scandaleuse et radicale

Pour lutter contre l'islamophobie rendez-vous ce dimanche 18 janvier à 13h30, place Jean-Jaurès à Montpellier, afin d’empêcher ce déferlement de haine.

 

1 Comme composante structurelle d'un état qui s'est et se construit sur le colonialisme et la colonialité. Rappelons l'augmentation des actes islamophobes, d'agressions sur les femmes voilées, sur les mosquées depuis une dizaine d'années, la loi en 2003 sur l'exclusion des femmes voilées de l'école et l'affaire babyloup en 2013. De même, il y a aussi l'augmentation des actes homophobes, lesbophobes, transphobes depuis le début des manifspourtous.

2 Du plan vigipirate aux lois dites anti-terroristes qui se sont ajoutées aux lois répressives de Sarkozy (LSI, LOPPSI 2, etc), la présence policière et militaire se renforce, la surveillance du net et des communications se généralise. En d'autres termes, l'Etat policier se développe, nous sommes tous et toutes concernées.

Tag(s) : #Féminisme anticolonialiste, #Tract-Action, #Islamophobie

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