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Suite aux "réactions" et aux SILENCES entraînés par la publication du texte des féministes autonomes sur l'alliance entre le Collectif Antifa 34 et Osez-Le-Féminisme1, il me semble important d'y répondre.

En tant qu'homme blanc, hétérosexuel et pro-féministe, je ne peux que soutenir la prise de parole de femmes2 dans l'espace public et dans le milieu dit « militant ». D'autant plus quand la ligne politique défendue ne peut pas être critiquée lorsqu'on se prétend antifasciste, antiraciste et antisexiste. J'ai évidemment conscience qu'il est beaucoup plus confortable de se revendiquer pro-féministe pour un homme, que féministe pour une femme.

 

Le texte a été publié le 9 décembre 2014. Aujourd'hui nous sommes le 3 janvier et il n'y a toujours pas eu de critique, officielle ou officieuse, sur le fond du texte. Les féministes, extérieures à Montpellier, à qui j'ai montré le communiqué l'ont trouvé irréprochable. A l'inverse, les quelques réactions suscitées à Montpellier ont été scandaleuses.

Bien que le texte soit signé par « des féministes autonomes », un homme s'est fait menacer parce que certains pensaient qu'il en était l'auteur. Une fois qu'il est apparu évident qu'il n'avait rien à voir avec la rédaction du texte, il s'est fait harceler pour savoir qui l'avait écrit. Comme si des femmes ne pouvaient pas l'ouvrir elles-mêmes sur des questions qui les concernent directement, quand bien même elles le signent clairement.

De même, alors qu'il a été clairement exprimé que le texte avait été écrit par DES femmes, les discussions, ou plutôt les attaques, ont viré au conflit personnel contre une seule rédactrice. Lorsque d'autres personnes, ayant participé à l'écriture du texte, choisissent de s'exprimer, elles sont accusées de répéter ce que dit celle qui a été identifié comme unique auteure.

Autrement dit, une femme qui réfléchit, qui l'ouvre et qui dénonce, on veut bien l'accepter si on peut l'abattre moralement. Mais il ne peut y en avoir plusieurs.

On ne peut donc parler d'autre chose que de sexisme et de répression sexiste. C'est une violence inouïe envers toutes les femmes, qu'elles osent prendre la parole ou non.

 

Une autre critique a été de dire, avec une ironie poussée à bout, que ce texte aide ou encourage le fascisme. A l'appui de cela, on utilise un article publié par un site identitaire de la région, proche de la Ligue Du Midi : Lengadoc3, qui a repris quelques éléments du texte sur le bureaucratisme du collectif antifasciste, la violence physique contre des militantEs autonomes et la protection de violeurs dans certaines organisations appartenant au collectif.

Rien de ce que dit ce groupuscule n'est faux, bien au contraire, et ils ont la décence de ne pas faire croire qu'eux-même sont propres.

La réelle question est de savoir pourquoi ils peuvent sortir ce genre d'articles. Et la réponse ne se fait pas attendre. C'est bel et bien parce que les pratiques, du collectif antifasciste et des organisations qui le composent, sont dégueulasses.

Ce même site parle de division dans la « mouvance antifasciste de Montpellier ». Argument qui a été repris pour critiquer la publication du texte qui nuirait à l'unité et donc à notre capacité de lutte contre l'extrême droite. On devrait donc sacrifier nos idées, nos pratiques et nos principes politiques au nom de la lutte contre le fascisme. C'est clairement inenvisageable avec des organisations et des personnes sexistes, pour qui, s'allier avec des organisations racistes et réformistes n'est pas un problème. Limiter la division dans l'antifascisme et dans tous les mouvements d'ailleurs serait justement de prendre en compte, d'analyser et de politiser le racisme, le patriarcat, l'hétérosexisme, le cissexisme4, le validisme5, etc, tout en dénonçant les pratiques qui y contreviennent plutôt que de les étouffer et d'emmurer les victimes dans le silence le plus complet.

Cette silenciation se retrouve également lorsqu'il est reproché de partager le communiqué de manière publique, sur internet et sur facebook, parce qu'il vaudrait mieux en discuter en interne. C'est une autre manière de refuser d'en parler. On a très bien pu voir comment les choses se règlent en interne : en évitant les questions qui fâchent. Il faudrait aussi souligner que toutes les réactions au texte se sont faites de manière privée et qu'il n'y a eu aucune réaction officielle de la part d'aucune organisation. C'est bien une preuve qu'il ne sort strictement rien de ce genre de discussions. Serait-ce donc une preuve de plus du bureaucratisme du collectif antifasciste et des organisations qui la composent ?

 

Dans tous les cas, il s'agit bel et bien d'une non-réaction de la part des organisations et du collectif antifasciste sur ce texte. Refuser de communiquer sur le sujet, ne serait-ce que pour se justifier de cette alliance par une pirouette intellectuelle, c'est cautionner tout autant l'alliance avec des organisations réformistes, racistes, putophobes, et les réactions violentes qui ont découlé de la publication du texte.

Le Barricade, nouveau lieu dit militant de Montpellier, a choisi de censurer les publications du texte en question ainsi que le texte « L'offensive réactionnaire en milieu alternatif »6.

Cette absence de réaction est en elle-même extrêmement violente et exprime tout à fait le sentiment que la question des alliances avec des organisations issues du PS ainsi que la question des violences sexistes de manière globale ou de la résurgence naturaliste dans les milieux radicaux, sont méprisées et écartées.

 

Je voudrais revenir rapidement aussi sur la focalisation qui a été faite autour de la question du viol et sur une personne en particulier.

Il a été dit que « L'auteure  du texte » ne prend pas en compte le ressenti de la personne qui a subi cette violence. Ca serait oublier que, des cas de harcèlements, de viols, de paternalisme et de condescendance sont monnaie courante dans le milieu dit militant, que certaines choses se savent et sont parfois dénoncées de façon interpersonnelle, mais qu'il n'y a jamais de dénonciation officielle et collectives de ces actes. Toutes ces questions sont évacuées de façon expéditive en interne au bout de plusieurs mois. Je ne crois pas que que l'on puisse appeler cela du soutien aux victimes.

De même que culpabiliser celles qui souhaitent dénoncer ces pratiques au prétexte qu'elles s'y seraient mal prises, ce n'est pas de la solidarité, c'est juste minable. Il est évident que faire preuve de solidarité, ce serait de défendre le communiqué et de discuter, si la forme ne convient pas à la première concernée. Sur ces questions il me paraît évident que des féministes acceptent de prendre en compte ces remarques et de modifier leur texte en conséquence.

 

Il me semble important de souligner également que les hommes, blancs et cis-hétéros, se revendiquant antisexistes, pro-féministes et révolutionnaires, sont ceux qui ont réagi le plus violemment envers les auteurEs réelles et présumés, sur des questions qui ne les touchent pas directement et personnellement.

 

En tant qu'homme, pro-féministe, je ne peux qu'être solidaire des personnes victimes de cette répression sexiste extrêmement usante et violente psychologiquement.

J'ai décidé de répondre aux critiques pitoyables qui ont été faites sur le texte afin de montrer à quel point ces critiques sont de mauvaise foi, non fondées et jusqu'où elles contredisent tous les principes de base d'un mouvement qui se revendique de l'antifascisme et de la révolution sociale. Il me paraît évident que les auteures n'aient aucune envie de répondre à des critiques aussi consternantes.

Il faudra un jour songer à ce que les mots et les théories se transforment en actes concrets.

Tout collectif et toute personne peut faire des erreurs, plus ou moins graves. Il s'agit aujourd'hui de les reconnaître, de les assumer et de se positionner clairement, pas seulement en alignant les mots les uns derrière les autres, mais en les traduisant concrètement dans la pratique quotidienne.

Il s'agit également de reconnaître la division de tout mouvement qui refuse de prendre en compte le vécu de chaque groupe social oppressé de manière systémique7 et systématique.

La violence à l'encontre des auteures et de ses soutiens est en soi scandaleuse. Mais la désolidarisation collective envers ces personnes et ce texte est ignoble.

 

En solidarité avec les camarades féministes qui ouvrent leurs bouches pour dénoncer les violences sexistes et celles à qui on la ferme en usant de violences psychologiques inadmissibles.

 

Guigui.

 

1 : http://scandale34.over-blog.com/2014/12/mise-au-point-sur-les-luttes-dites-antifascistes-et-feministes-a-montpellier-le-collectif-antifa34-et-oser-le-feminisme-34-l-allian

2 : Les catégories "femme" et "homme" sont ici utilisées comme constructions sociales. Elles renvoient à des positions sociales provenant de rapports sociaux de sexe/genre. Elles ne sont pas considérées comme naturelles et sont utilisées sans guillemets pour simplifier la lecture.

3 : http://www.donotlink.com/d00n

4 : Le cissexisme, ou la transphobie, est l'opression basée sur l'identité de genre contre les personnes transidentitaires (transgenres, transsexuelLEs, hermaphrodites, travestiEs, bigenres, non-binaires, intersexuéEs, etc). Plus de détails ici : http://www.txy.fr/glossaire/

5 : Discrimination basée sur le "handicap".

6 : http://grenoble.indymedia.org/2014-11-06-l-offensive-reactionnaire-dans-les

7 : Le terme de systémique permet de définir l'oppression par sa dimension institutionnelle et étatique, et ne pas la réduire à une simple affaire de comportements individuels. L'oppression est structurée, organisée et protégée par l'Etat et issue d'un rapport social.

 

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